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COVID-19 : Port du masque obligatoire à l'intérieur du château.

Des rochers au miroir de la Meuse, entre les charmilles et les orangers, des fontaines aux bassins, un souffle de spiritualité matiné d'esprit des Lumières habite les jardins de Freÿr. Florilège de leurs délices...

Le jardin inférieur : contemplation

Le chanoine-prévôt Guillaume de Beaufort-Spontin préside à l’aménagement du jardin inférieur, la « terrasse » baroque et sa succession de bassins, de broderies de gazon, de tilleuls entrelacés, de la disposition des orangers autour des parterres (précédemment ils composaient un bosquet devant les orangeries), perspectives qui aboutissent aux orangeries. Guillaume est un religieux, ce que reflète cette partie du jardin qui porte davantage à la contemplation.

Orangers et orangeries

En date du 11 octobre 1710, les comptes de la seigneurerie de Freÿr mentionnent une rétribution de 12 sols à un valet, Raymond, pour « avoir porté les orangers dans le jardin par ordre de Mr le baron de Freyr ». Il s’agit de la première mention des orangers du domaine. Certains de ces arbres, plusieurs fois centenaires, sont réputés provenir de la cour de Lorraine, à Lunéville, mais cette origine doit encore être confirmée.

S’ils passent la belle saison à l’air libre, ils sont disposés dans les orangeries pour y passer les mois les plus froids de l’automne et de l’hiver. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le chauffage des orangeries donna lieu à un acte d’héroïsme : pour sauver les arbres, Louise de Laubespin, âgée de plus de 80 ans, y consacra la dotation en charbon à laquelle elle avait droit.

Naguère, les fleurs servaient à produire du thé, plus tard des bonbons.

Les orangers de Freÿr sont les plus vieux orangers d'Europe en caisse. Quant aux orangeries, elles sont les plus anciennes des anciens Pays-Bas.

Le jardin supérieur : géométrie

La jardin supérieur, petite merveille de géométrie, serait plutôt l'œuvre de Philippe-Alexandre, franc-maçon et admirateur des Lumières. Entre les labyrinthes de charmilles apparaissent trois axes perpendiculaires à la Meuse. Une jonction est aménagée entre le parterre et le nouveau jardin haut, couronné en 1775 par un délicat pavillon rococo. Cette partie est davantage dans l'esprit Louis XV.

FRÉDÉRIC SAAL

Le pavillon est dénommé Frédéric Saal, en hommage à l’héritier des lieux, Frédéric-Auguste-Alexandre (Saal veut dire « salle » ou « espace » en allemand). Outre les artisans locaux, ce petit bijou, que Victor Hugo, de passage, trouva peu à son goût – le qualifiant de « pâtisserie maniérée » – est l’œuvre des stucateurs Moretti comme en témoigne le « Moretti fecit » dans un médaillon de la salle centrale du cabinet représentant des putti ivres.

Du pavillon, un majestueux dégagement plonge vers le fleuve. Pour imaginer et réaliser cet axe ouvert sur la Meuse et fermé sur le Frédéric Saal, Philippe-Alexandre a fait appel à l'architecte parisien Galimard.

BUSTES BIFRONTS

Selon certains auteurs, ces bustes à deux visages sont l’« âme des jardins ». Ils sont attribués aux sculpteur lorrain Paul-Louis Clyffé (1724-1805), un temps modeleur, ciseleur et dessinateur du roi Stanislas Ier Leszcynski, duc de Lorraine, dont il embellit les palais et jardins.

Les bifronts de Freÿr sont le seul exemple connu de ce type de statuaire en Belgique. Ils sont en terre cuite, réalisés à partir de moules dans un style néoclassique. Ils représentent des empereurs romains et du Saint-Empire romain germanique, des cavaliers et d’élégantes dames.

Pour éviter les vols, les originaux ont été mis à l’abri et ce sont aujourd’hui des répliques en pierre artificielle superficielle, qui plongent leurs regards dans la Meuse, et scrutent les charmilles.

Petits labyrinthes

Les huit massifs de haies de charmes du jardin supérieur, de part et d’autre d’un axe vertical, ouvrant la vue du pavillon sur la Meuse, sont autant de dédales composant un labyrinthe, pour se perdre ou se retrouver en toute quiétude.

Photo : Guy Focant

Dôme et berceau de tilleuls

Au sommet d’un petit escalier, le long de la ferme et de la grange, l’allée reliant le parterre au jardin supérieur se parcourt à l’ombre d’un berceau formé de tilleuls palissés en éventail cintré pour former la voute couronnant les palissades de charmes. Au milieu de l’allée se trouve une coupole végétale. Patient travail de domestication de la charpente des branches et des rameaux, il s’agit d’une véritable œuvre de maîtrise de jardinier.

Système hydraulique

L’eau provient de la source de la Rochette, dans la grotte des Moines, au nord des jardins. Il s’agit en réalité d’une eau résurgente qui a déjà parcouru quelque 1.500 mètres, dévalant les collines avoisinantes. Depuis la grotte, elle chemine encore sur plus d’un kilomètre par un aqueduc souterrain, emportée par une pente millimétrée, et alimente chemin faisant des dérivations menant à des chambres de décantation. De là, l’eau poursuit sa route vers les dix bassins et fontaines, jusqu’au jardin sud du château, avant de s’écouler dans la Meuse.

Hors les murs

À Freÿr, l’environnement – la Meuse, les falaises, les grottes et les bois… – compose un écrin « sublime » (selon un des concepts dont se servent les philosophes au 18e), voire « pittoresque », pour les jardins dessinés tout en délicatesse. Paradoxalement, c’est ce contraste brutal qui fait de Freÿr un ensemble englobant les deux rives du fleuve et associant la Meuse aux jardins.

C’est depuis le pavillon Frederic Saal qu’on a la plus belle vue sur la nature environnante : domptée et apaisée vers le nord où, passant par les parterres, le regard finit par se poser sur le miroir de la Meuse ; brute vers le sud ou la vue se heurte aux falaises dressées face au château.

La découverte du domaine, et des jardins en particulier, est saisissante depuis le sommet des rochers de la rive droite. A l’extrême gauche des jardins, le château parait presque un détail. La charmille, mystérieuse et alambiquée lorsqu’on y chemine, apparaît à cette distance dans toute l’ampleur de ses 6 kilomètres de haies, composant un éventail de chemins et de chambres parfaitement symétriques.

La transition entre la majesté des jardins et les étendues de forêts et de rochers est saisissante. Le spectacle semble intemporel. Il est vrai qu’à l’exception de la route reliant Dinant à Givet, la vue n’a pas changé depuis le 18e siècle.

Deux drèves, l'Allée Gilda (sud, vers Givet) et l'Allée John (nord, vers Dinant) prolongent les perspectives et, pour qui arrive au Domaine, annoncent la grandeur les lieux.

Au-dessus du pavillon Frédéric Saal, un pré-verger a été recréé, restaurant un paysage ancien. Les arbres sont typiques du val mosan. Des chauve-souris d'une espèce rare, des moutons et toutes sortes d'oiseaux et insectes y trouvent un biotope favorable.